De nouvelles stratégies pour l’espace ludique bordelais
Lancer le dé,
piocher une carte pendant l’apéro ou le dîner ? Pour certains, le jeu à « valeur ajoutée » est l’avenir de l’espace ludique. Un moyen « d’harmoniser » une communauté éclatée en
mini-groupes. A Bordeaux, c’est comme ailleurs : on se retrouve à l’intérieur de sa boutique de jeu, son association et à de rares exceptions près, on préfère s’ignorer royalement. Alors, comment
rassembler ? Depuis 2002, les Bordelais connaissaient « Ze Zem », le café « jeux de société » de la rue Saint-James. Une nouvelle boutique de divertissements de stratégie, « l’Auberjeux », Cours
de l’Yser, espère « ouvrir en bar prochainement, sûrement à partir de 20h30 » et « dynamiser et dynamiter » la communauté de joueurs girondine.
« Aucune
revanche à prendre par rapport à la fermeture du magasin de mon cousin », assure Vincent Peyroutet, le gérant de l’Auberjeux. « Je n’y étais qu’un employé ! ». Depuis la faillite de
JeuxMage’Inn, en 2007, « pour x et y raisons », il y avait une place vacante sur l’échiquier du jeu bordelais. A savoir ? Les jeux de stratégie, de figurines et surtout de cartes à
collectionner. Et aujourd’hui, c’est Vincent le patron. A Bordeaux, dans l’univers du jeu, « ça ne bouge pas beaucoup, et tout le monde reste dans son coin », assure cet ancien de
l’événementiel. L’Auberjeux, qu’est-ce donc ? Au-delà du jeu de mot douteux, l’endroit est une vraie fourmilière, remplies de boîtes de jeu à moitié éventrées, d’éléphantesques classeurs de
cartes, de pinceaux à moitié secs posés en équilibre sur des monstres de plastique et de sacs de dés. Depuis la rentrée, entre mails et coups de téléphone, Vincent s’efforce d’obtenir
reconnaissances et labels pour que le magasin fasse son nid. Pas de lampadaires au « 80, Cours de l’Yser », mais le vendredi soir, une quinzaine de joueurs en moyenne trouvent leur chemin jusqu’à
la petite (en apparence) enseigne jaune. Le magasin – engoncé entre une agence immobilière et un garage auto – est maintenant « référencé dans les magazines de jeux de figurine, ce qui amène
tout de suite des consommateurs », explique Christophe, banquier, papa et passionné de figurines. Hasbro, qui édite « Magic : l’assemblée », poule aux œufs d’or du jeu de carte, vient quant
à lui d’accorder le « niveau Core » à la boutique, nécessaire à l’organisation de tournois officiels. Les rares passants à jeter un coup d’œil, on les contredit gentiment : « non,
nous ne faisons pas de jeux de rôles ». En haut comme en bas, dans les trois salles – 125 m2 au total –, ça s’agite et ça se répond à grand coups d’exclamations. « C’est comme ça quand
on pousse le plomb ou qu’on tape le carton au magasin », explique Renaud, étudiant en sciences. Le magasin attend son autorisation d’enseigne depuis trois mois, mais les projets ne manquent
pas dans les cartons : créer un annuaire des joueurs de la région, une ligue bordelaise autour du jeu de football américain futuriste « Blood Bowl », un calendrier harmonisé pour «
que les boutiques arrêtent de se marcher sur les pieds ». Enfin, « l’apéritif ludique », ce sera bière, cidre et sodas pour les joueurs du soir, « à condition qu’on
obtienne la licence pour vendre ces boissons ». Avant tout commerce que Vincent « doit faire vivre », les intentions du patron sont louables, « faire collaborer les acteurs du
jeu, peu importe qu’ils soient de boutiques ou d’association différentes ». Et les festivals, dont on imagine qu’ils rassembleraient les communautés ? Stratéjeux à Floirac, en périphérie et
le vendredi mensuel de l’association du Grand Parc : deux événements riquiquis pour une ville de la taille de Bordeaux, qui montrent que du chemin reste à parcourir. Ouvrir le jeu de stratégie à
un plus large public ? « Oui, mais ce n’est pas possible uniquement dans nos locaux, ou par ma simple volonté », conclut Vincent.